L'Artefact polaire
Un conte écrit et illustré par Natacha Rossignol
CONTE ET HISTORIETTE
Natacha Rossignol
12 min lire


À la suite du Casse-tête givré, les groumpfs reprennent leur travail dans les ateliers du Pôle Nord, mais le temps manque toujours pour sauver Noël.
Les machines ne suffisent plus, et le Père Noël comprend qu’il va falloir chercher ailleurs qu’au cœur de la fabrique.
Guidé par d’anciens savoirs et une intuition singulière, il se lance alors dans une quête ancienne, à la recherche d’un artefact oublié, enfoui quelque part dans les terres glacées du Pôle Nord.
L’Artefact Polaire : un conte de Noël poétique au cœur du Pôle Nord
À la recherche d’un secret enfoui dans la glace
Tous les groumpfs étaient repartis dans les ateliers pour reprendre leurs prototypes et continuer le travail de recherche (lire Un Casse-tête givré).
Le Père Noël était resté avec Kraknor dans le groumpforium pour continuer la discussion.
« Père Noël », dit doucement le groumpf en chef, « comment allons-nous faire pour tout fabriquer en quelques heures ? Krik a raison, même pour nous, le défi semble insurmontable. »
Le Père Noël se grattait la barbe et semblait plongé dans des pensées lointaines, tourbillonnantes comme des flocons en pleine tempête.
Puis, il se redressa et se tourna vers Kraknor.
« Je me souviens… avoir lu dans un livre, un jour… la mention d’un artefact magique qui agissait sur la cadence des machines. Il faut retrouver ce livre. Je pense que si cet objet existe vraiment, il faut le trouver ! Nous avons quelques jours devant nous avant le retour de nos amis, ne perdons pas plus de temps et allons voir Groumfus à la groumpfothèque. »
Ils se levèrent, sortirent de la salle et prirent le premier escalier sur leur gauche.
C’était l’escalier principal de la fabrique, qui desservait chaque étage.
Il montait tout en haut, là-haut, très haut, de la fabrique.
Jusqu’au dernier étage.
Celui de la groumpfothèque.
Ils arrivèrent devant une imposante porte remplie de runes anciennes gravées dans la glace.
Elle était faite de bois givré sculpté et permettait d’isoler le lieu des brouhahas de la fabrique. Impensable qu’une bibliothèque ne soit pas silencieuse.
De son gant rouge, le Père Noël poussa la porte.
Ils pénétrèrent tous deux dans la groumpfothèque.
Elle était… gigantesque.
Les livres, rangés soigneusement et méthodiquement, semblaient monter jusqu’à un plafond d’étoiles polaires scintillantes. Des échelles en bois coulissantes permettaient de récupérer les livres les plus hauts pour ceux qui n’avaient pas le vertige.
Toute la connaissance du monde polaire se trouvait dans ce lieu et imposait un respect silencieux et admiratif à chaque visiteur.
Soudain, un léger son, presque un murmure, attira leur attention tant le lieu était calme. Il s’agissait du bruit d’une page qui se tournait. Elle venait du premier étage.
Ils montèrent les escaliers qui se trouvaient devant eux et trouvèrent Groumfus attablé sur un bureau de lecture, devant un livre qui faisait trois fois sa taille. Il avait une petite loupe à la main et déchiffrait quelque chose sur une page, visiblement très ancienne.


« Bonjour, mon cher Groumfus ».
La voix grave du Père Noël résonna dans les murs du lieu et fit sursauter Groumfus, qui était vraiment plongé dans son livre.
« Oh ! Père Noël ! Kraknor ! Vous m’avez surpris ! »
« Je suis désolé, je ne voulais pas vous effrayer, mais nous avons un besoin urgent de votre expertise. »
« Bien sûr ! Que puis-je faire pour vous aider ? Que recherchez-vous ? »
« Eh bien… je cherche un ouvrage qui ferait mention d’un artefact ancien. Je l’avais consulté lorsque je n’étais encore qu’un jeune homme en apprentissage, alors autant vous dire que mon souvenir est vague ! », rigola-t-il dans sa grande barbe blanche.
« Mmmmh », murmura Groumfus en se grattant le bonnet. « Oui, je pense que cela doit être dans l’ouvrage Recueil polaire… ou dans Légendes anciennes du Pôle Nord… à moins que ce ne soit dans Magie glacée… Suivez-moi, nous allons vérifier tout ça.
Il referma avec précaution son imposant ouvrage, sautilla de sa chaise et partit avec assurance vers un recoin de la bibliothèque, Kraknor et le Père Noël le suivant respectueusement.
Il grimpa quelques marches de l’imposante échelle – qui tenait presque plus de l’escalier que de l’échelle – et dirigea sa main vers un bel ouvrage relié qui semblait plus vieux que la Terre elle-même.
Il le glissa habilement sous son bras, descendit de l’échelle, le tendit au Père Noël, puis continua sa récolte.
Il fit ainsi pour deux autres ouvrages et se dirigea vers un bureau vide.
« Posez ça là, nous allons voir lequel de ces ouvrages contient ce que vous cherchez. Prenons un ouvrage chacun, cela ira plus vite. Je suis cependant presque sûr que cela doit se trouver dans Magie glacée. Prenez-le, Père Noël. »
Il se passa de longues minutes pendant lesquelles les trois chercheurs étaient absorbés dans leur tâche. Seul le son des pages qui se tournaient s’entendait, et une légère odeur de poussière et de vieux livres renfermés colorait l’air.
« Oh, c’est ici ! » s’exclama soudain le Père Noël, pointant du doigt une page.
Groumfus sourit et se pencha, en même temps que Kraknor, sur la page en question.
Elle était jaunie par le temps, usée et représentait une sorte d’engrenage. Il y avait toutes sortes d’annotations énigmatiques.
« Oh, c’est du polaire ancien, non ? » demanda Kraknor.
« Tout à fait ! » répondit Groumfus. « Il s’agit de la langue la plus vieille que l’on connaisse dans nos contrées. Il n’existe plus personne qui ne la parle d’ailleurs. Moi-même, j’ai essayé, plus jeune, de l’apprendre, mais la difficulté m’avait quelque peu découragé, je dois bien l’avouer. »
« Oh ! Regardez, ici ! » Kraknor pointait du doigt la gauche de la page. À première vue, elle semblait vide. « On dirait une silhouette, non ? »
Groumfus sortit sa loupe. Le Père Noël plissa des yeux.
Une silhouette encapuchonnée, à peine perceptible, semblait faire écho à l’engrenage.
Le Père Noël et Groumfus se regardèrent, comme entendus, et le bibliothécaire acquiesça imperceptiblement.
Puis le vieil homme, sans un mot, quitta la groumpfothèque, laissant Groumfus ranger les livres, et Kraknor, tout déboussolé, qui n’avait rien compris à ce qui venait de se passer.
***
Le Père Noël portait sur son épaule un gros sac de toile et se dirigeait vers les rennes qui étaient regroupés à l’entrée du village, en train de gratter la neige.
Il les salua tous, puis s’approcha de Rinald, son bon vieux Rinald. Le plus vieux, le plus sage, le plus sérieux de tous les rennes du Pôle Nord.
« Nous devons aller à sa recherche, mon doux compagnon. Acceptes-tu de m’accompagner ? » lui demanda-t-il en lui caressant le toupet.
Rinald, soufflant délicatement de la buée de ses naseaux, se contenta de présenter son dos au Père Noël, afin qu’il se décharge de son sac.
« Merci, mon vieil ami, merci ! »
Il déposa le sac sur le dos du renne, et ils se dirigèrent ensemble vers le nord, dans la nuit polaire.
Cela faisait plusieurs heures déjà qu’ils marchaient dans la neige, quand un mouvement dans les sacoches fit frémir Rinald, qui s’arrêta.
Le Père Noël, intrigué, avait vu le mouvement dans les sacoches et s’apprêtait à les ouvrir, quand un petit pompon apparut de l’ouverture de l’un des deux sacs.
Puis un bonnet.
Puis deux petites oreilles poilues.
Puis un groumpf aux yeux encore embués de fatigue.




« Grubule ! Que fais-tu là, voyons ? » demanda le Père Noël, les yeux écarquillés.
« Mmh… gne sais pas… » grognonna Grubule.
Rinald souffla dans un Hrrrrmf sonore et un peu exaspéré.
Le Père Noël comprit instantanément que le petit groumpf s’était encore endormi dans un endroit improbable.
« Je suis désolé Grubule, nous n’avons plus le temps de retourner au village, tu vas devoir nous accompagner. »
« Hmpf… où ça ? »
« Eh bien… Nous allons à la recherche de la Fée des Monts Blancs. Nous avons besoin d’elle pour sauver Noël. »
« Ah… D’accord », répondit Grubule en baillant.
Il resta un moment sur le dos de Rinald, dans la sacoche, histoire d’essayer de se réveiller.
Après deux heures de marches assez éprouvantes dans la neige, ils arrivèrent devant l’arbre. (Lire La Caverne des légendes enneigées.)
Un arbre qui, à première vue, n’avait rien à faire là.
Un arbre, aussi vieux que le Pôle Nord, qui était désormais figé dans la glace.
Il était d’une beauté à couper le souffle…
Ils restèrent sous la protection de ce gardien millénaire, longtemps – ils ne savaient pas combien de temps.
Puis, le Père Noël se tourna vers Rinald.
« Elle ne viendra pas. Il faut trouver une autre solution… »
Rinald fit quelques pas dans la neige dans une direction inconnue du Père Noël, puis se retourna, comme pour dire « vous venez ? »
Le Père Noël regarda alors Grubule, qui s’était assoupi contre le tronc de glace et le réveilla.
« Grubule, allons-y. Suivons Rinald, il sait où il va. »
Rinald était en tête, avançant sans aucune hésitation.
Le Père Noël suivait son compagnon qui ouvrait la voie, et tassait ainsi un peu plus la neige pour Grubule.
Ce dernier suivait, de son petit pas, le regard un peu ailleurs.
Soudain, une tempête de neige les surprit. Le vent se leva et la marche devint vraiment difficile.
Le Père Noël tenait la queue de Rinald pour ne surtout pas le perdre, et Grubule suivait laborieusement.
Au bout d’un certain temps, le Père Noël le prit dans ses bras, car le groumpf avait de plus en plus de mal à avancer.


La tempête finit par se calmer. Le Père Noël et Grubule étaient complètement désorientés, mais ils continuaient à faire parfaitement confiance au renne.
Ils arrivèrent en haut d’un petit dôme de neige et une vue incroyable s’offrit tout à coup à eux.
Ils virent un petit vallon, d’un calme sacré, d’une sérénité presque magique. Au centre se trouvait un lac glacé et au bout, une petite maisonnette de bois et de givre.
« Oh ! » fit Grubule. Le lieu était si étonnant et sortait tellement de nulle part que cela le sortit de ses rêveries.
Ils se dirigèrent avec entrain vers la maison, surtout Grubule, qui était désormais en tête : il avait sans doute un peu faim.
Il s’apprêtait à toquer quand le Père Noël l’arrêta.
« Un instant, Grubule ! Ce n’est pas la maison de n’importe qui, voyons ! »
« Mais, que doit-on faire alors ? »
« Attendre. »
Soudain, sans le moindre bruit, Rinald sentit une main lui caresser le flanc avec tendresse.
Il souffla par les naseaux de plaisir.
Le Père Noël sentit à son tour cette douce présence et se retourna.
« Bonjour, ma douce amie. »
« Bonjour à tous les trois », lui répondit une voix d’une délicatesse cristalline, « suivez-moi. Vous allez m’expliquer la raison de votre visite inattendue. »
La Fée des Monts Blancs entra et ils suivirent respectueusement ses pas.
Grubule n’avait jamais mis les pattes ici, et sa bouche s’arrondit de stupeur lorsqu’il comprit que l’intérieur était bien plus vaste que ce que l’extérieur supposait.
Le lieu, scintillant, boisé et givré, était immense et étonnamment chaleureux pour un endroit comme celui-ci.
Il y avait des étagères remplies de livres, des plantes bleutées qui tombaient de partout comme du lierre, et des fauteuils blancs qui semblaient être constitués de crème fouettée. On avait immédiatement envie de se jeter dessus !
« Installez-vous », leur proposa-t-elle de sa douce voix sucrée, « et dites-moi tout. »
Grubule ne se fit pas prier et sautilla gaiement sur le fauteuil qui lui faisait de l’œil. Finalement, après réflexion, on aurait dit de la guimauve, douce et moelleuse ! Mmmmmm…
« Ma douce amie », commença le Père Noël, « nous sommes venus jusqu’à toi car il me semble que tu peux nous aider. »
Il sortit le livre de la sacoche du renne, l’ouvrit et chercha la page qui l’intéressait. Puis il lui tendit l’ouvrage.
« Cette silhouette encapuchonnée à gauche… C’est toi, n’est-ce pas ? Sais-tu quelque chose concernant cet artefact ? »
La Fée prit l’ouvrage entre les mains et observa rapidement ce dont lui parlait le Père Noël.
« Oui, c’est bien moi. Je suis la gardienne des secrets du Pôle Nord. Bien sûr que je connais cet artefact. Il est le gardien de la magie de Noël. »
Elle récita alors solennellement :
Si un jour, la magie de Noël est en danger…
Vers la roue givrée vous devrez vous tourner.
« Elle est conservée dans la grotte du Nord. Rinald, mon ami, viens par ici. »
Elle prit délicatement la tête du renne entre ses deux mains, puis posa son front contre celui de l’animal en fermant les yeux.
Rinald ferma les yeux à son tour.
Après quelques secondes, la Fée releva la tête, sourit tendrement au renne, puis se tourna vers le Père Noël.
« Vous pouvez y aller. Rinald vous y conduira. Mais faites attention, le lieu pourrait vous réserver des surprises que moi-même j’ignore… »
Ils prirent congé de la Fée, non sans l’avoir remerciée et se mirent en ordre de marche, Rinald le premier.
Ils continuèrent donc leur route, vers le Nord du Pôle Nord, toujours plus froid, toujours plus sombre. La glace était peu à peu d’un bleu très profond, presque noir, tant il faisait sombre.
Soudain, Rinald s’arrêta.
Le Père Noël se pencha pour voir à son tour ce que voyait son compagnon, puis avança au niveau de la tête du renne.
« Nous y sommes, n’est-ce pas ? »
L’animal acquiesça en soufflant.
Devant eux se trouvait une ouverture dans un gigantesque mur de glace. L’ouverture luisait légèrement. On pouvait donc la voir dans toute cette nuit.
Ils entrèrent tous les trois, cette fois dans le sens inverse de la marche habituelle. Grubule était donc en premier.
La grotte scintillait de délicats reflets bleus, ce qui la rendait un peu lumineuse. Ils ne marchaient pas depuis longtemps quand ils arrivèrent à un cul-de-sac en forme d’arc de cercle.
Au milieu, un pilier de glace.
Ils approchèrent pour apercevoir quelques mots gravés sur le pilier :
Je réchauffe sans feu
Je protège sans armure
Je ne change pas, même quand tout change
Tu grandis, mais je reste là pour toi.
Grubule posa sa patte sur le dernier mot et s’exclama dans un petit rire :
« Tiens, cela parle de peluche ! »
Aussitôt, le pilier se mit à fondre en son sommet pour révéler un petit objet.
Il s’agissait d’un engrenage bleuté, givré.
« Bravo Grubule ! » rit le Père Noël, « on dirait que tu as résolu l’énigme sans le faire exprès ! »
Rinald poussa le petit groumpf de ses bois, comme une petite tape amicale de félicitation.
Grubule sourit, fier de lui. Ce n’était pas souvent qu’on le félicitait ! Et encore moins un renne !
Il saisit alors la roue givrée et fut très surpris :
« Père Noël, on dirait un cœur qui bat ! »
En effet, on pouvait voir dans les pattes du groumpf l’objet palpiter.
« Rentrons mes amis, nous avons accompli notre mission. » déclara avec sérieux le Père Noël.
Ils sortirent de la grotte et suivirent de nouveau Rinald : lui seul pouvait retrouver le chemin du village.
Au bout de quelques pas, regardant la roue givrée palpitante qu’il tenait dans les pattes, Grubule demanda :
« Vous savez comment fonctionne cet objet ? »
« Oui. Mais je ne sais pas comment cela se fait. C’est comme si… on m’avait insufflé le mode d’emploi dans mes pensées », dit-il en souriant tendrement, le regard au loin.
Le silence domina le reste du trajet, seulement interrompu de temps en temps par une petite respiration presque ronflante qui venait du sac porté par Rinald…
Arrivés au village, le Père Noël récupéra le sac sur le dos du renne, et le remercia en le caressant affectueusement.
« Merci, mon vieil ami. Repose-toi bien, tu l’as mérité. »
Puis, il se rendit à la fabrique en compagnie de Grubule, désormais réveillé. Enfin… à peu près réveillé.
Devant le grand édifice, Kraknor les attendait.
« Ohé ! Père Noël ! Gru… Grubule ? Tu étais parti avec le Père Noël ? »
« Moui », répondit celui-ci dans un léger sourire.
« Mon cher Kraknor », lui dit le Père Noël de sa voix grave, « notre voyage fut fructueux ! Et, ma barbe me dit que la clef de Noël cette année pourrait bien être une peluche ! »
Il fit un clin d’œil au groumpf en chef, qui le regarda, un peu étonné.
À suivre…
Pour connaître la suite, lire Un Réveillon groumpfesque
Droits d'auteur et illustrations : Natacha Rossignol
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