Un casse-tête givré

Un conte de Noël écrit et illustré par Natacha Rossignol

CONTE ET HISTORIETTE

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couverture illustrée du conte Un casse-tête givré de Natacha Rossignol
couverture illustrée du conte Un casse-tête givré de Natacha Rossignol

Au Pôle Nord, quelque chose ne tourne pas tout à fait rond…
Dans le calme inhabituel de la fabrique, les groumpfs sont convoqués pour réfléchir à un problème délicat, qui demande autant d’imagination que de prudence.

Entre idées surprenantes, inventions bancales et enthousiasme débordant, les ateliers s’animent d’une créativité aussi drôle que parfois incontrôlable.
Un conte hivernal, tendre et malicieusement givré, qui interroge — avec humour — la façon dont naissent les bonnes idées.

Une histoire givrée au cœur de la fabrique du Père Noël

Quand l’imagination des groumpfs se heurte à un drôle de problème au Pôle Nord

Les quelques petits groumpfs qui n’avaient pas été envoyés chez les humains s’étaient retrouvés à la groumpfétéria pour le déjeuner.
Le cuisinier Groupiks avait encore fait des merveilles pour ravigoter leur cœur un peu mélancolique. Ils n’étaient pas habitués à être si peu nombreux, et tout était si calme sans leurs amis…

Les tables étaient en bois, mais en bois si bleuté qu’elles paraissaient givrées. Elles étaient débordantes de mets des plus polaires – les groumpfs sont de grands gourmands ! Il y avait des cascades de soupes verglacées, des saumons en croûte givrée, du lichen farci, des jardinières de flocons, et pour le dessert, des banquises flottantes, des profiteroles enneigées et des tartes au citron gelées.

Ils étaient une vingtaine d’individus attablés, et le bruit des couverts était plus fort que celui des conversations.
Cela tranchait vraiment avec l’énergie habituelle et le brouhaha classique de cette salle de ravitaillement. Les groumpfs étaient des mangeurs si enthousiastes qu’ils se faisaient toujours une joie de partager ces moments de repas.

Le seul objet des conversations était la réunion de tout à l’heure. Le Père Noël les avait convoqués, et ils discutaient donc du sujet de cette réunion. Sans doute allait-il s’agir du lancement de la fabrication des jouets. Après tout, surtout parce qu’ils étaient moins nombreux, il ne fallait pas se mettre en retard et démarrer les machines sans plus tarder.

Une fois les tables vidées de leurs plats et les estomacs rassasiés, tous se dirigèrent vers le groumpforium : la salle de la fabrique de jouets où tout se décidait.

Le Père Noël les attendait avec le groumpf en chef : Kraknor. C’était un groumpf un peu plus vieux que les autres, aux sourcils broussailleux. Il portait un bonnet rouge et des boots vertes. Il avait toujours un air sérieux, un peu renfrogné, et il gronchonnait au moins une fois par jour. C’était sa spécialité !

Aujourd’hui, il avait un air si sérieux – même pour lui – que tous s’assirent en silence, attendant ce qui pouvait bien provoquer un tel regard.
Car le Père Noël aussi affichait un air très sérieux, plus perturbant encore que celui de Kraknor, car plus inhabituel.

illustration d’un groumpf blanc au bonnet rouge, personnage de conte jeunesse
illustration d’un groumpf blanc au bonnet rouge, personnage de conte jeunesse

« Mes chers amis, dit-il de sa voix chaude, grave et enrobante comme du chocolat chaud sur une profiterole glacée, nous avons… hum… un problème, il semblerait. »

« C’est, non sans une certaine émotion, que je vous annonce que les petits d’hommes n’ont pas vraiment été sages cette année », déclara-t-il solennellement, les yeux tristes, le regard baissé.
« Nous devons trouver une solution. Nous devons trouver un cadeau qui leur ferait comprendre comment ils doivent se comporter. »

Kraknor se leva à côté du Père Noël, pour que sa petite silhouette sorte de l’ombre du grand patron :

« Nous allons faire des essais : toutes les propositions seront testées en prototypes, et nous nous retrouverons ici demain pour faire le bilan. Soyez créatifs, faites-vous plaisir et surtout, groumpfez bien ! »

Tous se levèrent dans un joyeux brouhaha, contents d’avoir à laisser libre cours à leur imagination, quelquefois bridée par le sérieux du Père Noël.
Il était temps de la libérer !!!

Ils se rendirent donc dans l’immense atelier de la fabrique, qui s’étalait sur plusieurs étages.

Chaque étage avait une spécialité : bois, tissus, verre, mécanique, chimique.

Les sections avaient toutes de grands tableaux de glace, sur lesquels les idées se dessinaient magiquement.

Il y avait aussi d’immenses tables de travail en bois givré, des machines de toutes sortes et des millions d’outils utiles à chaque discipline.

C’était un joyeux bazar organisé.

Des groupes de groumpfs s’étaient formés autour des tableaux, et les conversations s’élevaient dans tous les étages avec un tel degré d’enthousiasme qu’on aurait dit qu’ils étaient des centaines.

Il y avait cinq groupes de trois répartis dans chaque étage, et un groupe de cinq restés à l’atelier bois.

Les idées fusaient, des rires éclataient un peu partout et certains regards étaient concentrés, déjà affairés aux prototypes.

L’atelier bois était le plus animé.

Grimousse, Griflou et Grousk planchaient sur un jouet en érable qui devait se casser en un instant dès qu’un enfant faisait un caprice. Grousk proposait que les pièces volent à la figure de l’enfant. Griflou trouvait cela trop barbare et suggérait que le jouet tombe en poussière. Grimousse, elle, imaginait que le jouet se décompose en terreau prêt à l’emploi.

Le groupe de cinq travaillait sur une idée très groumpfesque… Il s’agissait d’un petit soldat de bois, qui aurait la capacité de reproduire le caprice de l’enfant et même, selon Krakette, de l’exagérer.

« Il pourrait bouder, se renfrogner, gronchonner comme Kraknor et… »

Elle rit en se plaquant les pattes devant la bouche avant d’enchaîner :

« … se mettre à hurler si fort que l’enfant serait obligé de sortir de la pièce pour ne pas devenir sourd. »

Tous les autres groumpfs rirent à leur tour et se mirent à l’ouvrage pour fabriquer ce soldat malicieusement capricieux.

À l’étage des tissus, trois petits travailleurs facétieux s’attelaient à fabriquer une poupée de chiffon qui se mettrait à bâillonner et ficeler l’enfant capricieux pour lui couper la chique et l’envie de recommencer à taper du pied.

Dans l’atelier mécanique, deux groupes réfléchissaient à deux prototypes très différents.

Le premier était une petite voiture télécommandée qui tomberait en panne sèche au premier caprice, en panne mécanique au deuxième et serait irréparable au troisième caprice.

Le deuxième était un robot parlant qui se mettrait magiquement à parler au premier mauvais comportement de l’enfant. Mais il se contenterait de réciter des discours politiques si barbants que ce serait insupportable à écouter sans s’arracher les cheveux, même pour un gosse !

Enfin, dans l’atelier de chimie, Kromel, Kroufik et Krik imaginaient un kit de chimiste un peu spécial. Ils en étaient encore au stade du débriefing.

Kromel suggérait que toutes les fioles devaient se vider et être inutilisables.

Krik, elle, hasarda que les fioles pouvaient se liquéfier et redevenir à l’état de sable.

Les deux groumpfs enchaînaient les propositions quand tout à coup, ils se rendirent compte que Kroufik était déjà en train de préparer quelque chose sur l’établi.

Ils s’approchèrent, curieux de voir ce que l’audacieux chimiste, parfois un peu trop suremballé, leur concoctait.

En arrivant devant l’établi, les mélanges de Kroufik étaient déjà en train de fumer et de se transformer en un nuage qui ne présageait rien de bon.

Kromel regarda le tout, très sceptique, et Krik était carrément inquiète.

« Euh, Kroufik, c’est quoi ta mixture, là ? » lui demanda-t-elle, la voix tremblante.

« Rah, je sais pas trop encore, je laisse aller mon instinct », répondit-il du tac-au-tac.
« Mais j’ai dans l’idée une formule chimique qui se cacherait au fond des fioles et réagirait dès qu’un caprice éclate. »

« Oui, mais là, c’est sur nous que ça va éclater… », répondit Kromel.

illustration de groumpfs autour d’un laboratoire avec fioles colorées, scène de conte jeunesse
illustration de groumpfs autour d’un laboratoire avec fioles colorées, scène de conte jeunesse

Il n’eut guère le temps de finir sa phrase qu’un énorme BAAAAAAOUM explosa dans l’atelier, faisant voler fioles, bonnets, boots, et laissant une odeur de poil brûlé dans l’air.

« Ben voilà », soupira Kromel.

***

En milieu d’après-midi, le Père Noël, accompagné de Kraknor, fit le tour des ateliers.

Il passa devant chaque groupe, les bras croisés dans le dos, attentif, sérieux et observateur. Il prit le temps d’analyser sans commentaire chaque invention.

Kraknor regardait lui aussi les idées de ses compagnons, parfois avec un sourire, parfois en fronçant ses gros sourcils dans une moue dubitative.

Puis, arrivés à la fin de leur tour, le Père Noël se tourna vers Kraknor.

« Je crois qu’il faut faire un point, maintenant. »

« En effet, je crois que c’est plus sage », répondit le groumpf en chef.

Tous furent donc convoqués dans le groumpforium avec leurs prototypes.

Chaque groupe présenta son prototype, sauf le groupe de chimistes, qui n’avaient pas eu le temps de mettre l’atelier en ordre et de faire un second essai.
Ils avaient le poil noirci, le bonnet de Kroufik avait perdu son pompon et Krik semblait encore sous le choc de l’explosion.

Lorsque tout le monde eut terminé sa présentation, le Père Noël prit la parole.

« Mes très chers compagnons, je vous remercie infiniment pour votre travail, votre implication et votre bonne volonté pour trouver une solution à ce problème épineux », dit-il dans un sourire sincère et plein de reconnaissance.

« En revanche, je ne peux valider vos propositions. Elles sont… euh… comment dirais-je… un peu… trop… un peu trop ! Nous ne pouvons pas prendre le risque de blesser les enfants — il pensait aux jouets qui explosaient — ou pire, de les traumatiser — un frisson lui parcourut le dos en repensant à la poupée de chiffon. »

Les petits groumpfs baissèrent les yeux, un peu déçus.

Il les regarda avec tendresse.

« Mes chers amis, votre travail mérite d’être affiné. Il n’est pas rejeté complètement, mais il doit être ajusté pour correspondre davantage aux enfants d’aujourd’hui. Vous ne voudriez pas que le Pôle Nord croule sous les lettres de parents un peu en colère à cause de la… bruta… rudesse de nos jouets. »

Ils relevèrent les yeux, comme ravigotés par cet espoir que tout n’était pas perdu.

« Père Noël », souffla Kraknor, « peut-être devrions-nous attendre le retour des autres groumpfs ? Après tout, ils seront restés presque un mois en leur compagnie. Ils auront sans doute des idées plus… justes, plus proches de la réalité. »

« C’est une excellente idée, mon cher Kraknor ! » tonna le Père Noël dans un grand sourire, tout en tapant dans le dos du groumpf en chef. Le bonnet de Kraknor fut projeté en avant, tout juste rattrapé par ses sourcils, tant la joie du Père Noël débordait.

« Mais… votre floconnerie », dit timidement Krik en levant le doigt en direction de Kraknor, « ils ne rentrent que le 24 décembre au matin ! Cela veut donc dire que nous n’aurons que quelques heures pour fabriquer les jouets de la Terre entière… »

Ses yeux s’arrondirent de peur, presque panique, à l’idée du travail titanesque.

« En effet, mais ne t’inquiète pas, Krik », la rassura le Père Noël. « Nous allons tout de même continuer les essais en les attendant et, surtout, nous allons préparer les ateliers en prévision du 24. Je vais m’occuper des machines pour qu’elles travaillent au quadruple de leur rendement. Nous allons y arriver. Comme toujours. Ne vous inquiétez pas. »

Tous se mirent au travail avec ces directives en tête, en attendant le retour de leurs compagnons, en espérant que la magie de Noël opère cette année encore…

À suivre…
Pour connaître la suite, lire
L'Artefact Polaire

Droits d'auteur et illustrations : Natacha Rossignol

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